Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

HISTOIRE DE LA DINANDERIE (SECONDE PARTIE)

2 mai 2008 - Michel HUBERT

La seconde partie de cette tentative de rappeler aux lecteurs ce que fut la grandeur du « mestier de batrye » va s’appuyer sur l’ouvrage du Baron Del Marmol dont nous nous sommes déjà inspiré à propos de la Collégiale et qui avait consacré une important chapitre à cet art du cuivre.

On pourra voir à la fin le rapport entre la dinanderie et la non moins fameuse "couque de Dinant"

LA DINANDERIE

Nous allons aborder l’art sculptural représenté par la dinanderie.

En effet, dit Pinchart, la dinanderie n’est autre que de la sculpture. Elle présente des chefs-d’œuvre d’habileté de composition et d’expression tout à fait artistiques.

On donne le nom de dinanderie, dit Rodenbach, à des objets mobiliers en cuivre d’un goût artistique, fabriqués au moyen-âge à Dinant ou par des fondeurs originaires de cette ville.

Ces objets en cuivre subissaient les formes les plus variées et étaient décorés de figures saillantes, de scènes bibliques, etc.

Des artistes appartenant à notre pays, dit encore Pinchart, et que nous pouvons hardiment revendiquer comme tels, exécutèrent de nombreux travaux pour les monastères.

Il cite différents auteurs qui se sont occupés de l’industrie du cuivre à Dinant :

Le Grand d’Aussy (Histoire privée de la vie des Français, 1815, t. III, p. 403), qui exalte la valeur des produits de Dinant et relate une pièce du XIIIe siècle contenant les diverses expressions populaires d’alors ;
Varin (Archives de Rheims, t. III) cite les objets fabriqués ;
le comte de Laborde, Boileau (Règlement des arts et métiers à Paris ;
Gérard (Paris sous Philippe le Bel)
Dom Carpentier (Glosarium novum, t. XIV) ;
Michelet (Histoire de France, t. IV) ;
Paul Lacroix, Labarte, Jean d’Oultremeuse (édité par Borgnet), Ennen et Eckertz Gilliodts, Lippenberg et Sartorius, Didron, l’abbé Fesier, Juste, Schayes, etc., etc.

La dinanderie fut l’origine de la splendeur de Dinant, déjà florissante au XIII" siècle, dit Sidérius, et Villenfagne cite un manuscrit du XIIIe siècle d’après lequel le cuivre de Dinant jouissait d’une réputation universelle. Ses habitants allaient principalement à Dortmund, dans la Basse-Saxe et en Westphalie, s’approvisionner de cuivre et ramenaient leurs produits fabriqués en Allemagne et dans toutes les parties du monde.

Grâce à cette industrie, Dinant devint la troisième ville de l’État au XIIIe et XIV" siècles. Elle renfermait, du temps des ducs de Bourgogne, de 40 à 60.000 habitants et 7 à 8.000 batteurs, formant la Grande Guilde, placée dans la magistrature entre la bourgeoisie ou patriciat et les neuf petits métiers. Leur chapelle était dédiée à saint Lambert.

Il n’est donc pas inutile de rappeler l’histoire de la dinanderie.

Déjà du temps de Charlemagne, dit Rodenbach, les marchands dinantais avaient ouvert avec l’Allemagne des relations pour s’approvisionner de cuivre brut.
Pinchart ne croit pas à une origine si reculée. Quoiqu’il en soit, l ’abbé de Labbe, Folcuin , fit exécuter, en 965, pour son église, un ambon ou pupitre ; le lutrin avait la forme d’un aigle dans la tête mobile duquel on mettait l’encens, la fumée s’échappait par les yeux.
Saint Bernard, l’an 1000, à Hildesheim, et Gervais, archevêque d’Amiens en 1055, pratiquaient le travail du cuivre et de l’or.

Erembert, abbé de Waulsort (près Dinant), mort en 1033, acquit une habilité remarquable dans l’art de travailler l’or, l’argent et le bronze ; il fit deux tableaux d’argent artistement travaillés.
Richard, autre abbé de Waulsort, mort en 1046, exécuta pour l’abbaye Saint-Vanne, à Verdun, un lutrin dont le nombre de figures est très considérable ; le pupitre était un aigle, emblème de saint Jean l’évangéliste. Et les figures étaient plutôt ciselées et émaillées que travaillées et repoussées.
On cite encore l’ambon de saint Exupère du monastère de Gembloux, en 1070.

Un poète italien, dit Pinchart, parlait, au XIe siècle, avec éloge des vases en laiton qu’on exécutait en Allemagne et qu’on emportait en Italie.
Le 4 décembre 1103, l’archevêque de Cologne, Frédéric I, a la demande de l’évêque de Liège Otbert, règle les droits d’entrée et de sortie des marchandises de Dinant, de Liège et de Huy (Jean d’ Outremeuse, t. V, p. 264).

L’acte, rédigé en latin, signale trois bourgeois représentant Dinant : Symon, Elverich, Alberi. (Cart.).
Un acte du 5 juin l104 nomme les Dinantais Louis, Edmond, Brunon Allaron et son frère Hubert, Henri et Ricolphe négociant avec Henri IV, à Cologne, à propos des droits d’entrée à Coblence ; ceux des localités voisines de la Meuse donnaient une chaudière en bronze, deux bassins en métal et du vin. (Dinant faisait partie du pays de Liège, fief de l’empire d’Allemagne.) (Cart., t. I, p. 19 et 97.)

Au XIIe siècle, le moine Théophile décrivit, dans son Essai sur divers arts, la fabrication des encensoirs, le modelage en cire sur laquelle on appliquait une légère couche d’argile pour des figures et ornements extérieurs en cuivre, la fusion de la cire, le séchage des moules, la coulée du cuivre , la fabrication des feuillages avec les fers à creuser, celle de l’airain (cuivre et calamine), le repoussé, le façonnage des reliefs, etc.

L’an 1112, Lambert Patras, de Dinant, celui que divers auteurs appellent illustre qui ne fut jamais dépassé pour l’expression des figures (V. Rousseau), composa et exécuta la cuve baptismale de l’église Saint-Barthélemy, à Liège.

La cuve baptismale de Tirlemont, grossièrement faite en comparaison de celle de Liège, date de 1149.
L’abbé Suger (1122 à 1132), bénédictin de Saint-Denis, près Paris, fit faire par les ouvriers de notre pays quantité d’objets remarquables, entr’ autres une riche croix consacrée au pape en 1147 et les portes en bronze doré de l’abbaye avec bas•reliefs représentant la passion, la résurrection et l’ascension.

Pinchart raconte qu’un lutrin tout garni d’or et de pierres précieuses fut sauvé de l’incendie de Saint-Lambert, à Liège, en 1183.
L’an 1171, des bourgeois de Dinant s’étant plaint des droits exagérés prélevés sur leurs marchandises par les percepteurs des tonlieux à Cologne, le magistrat de cette dernière ville reconnut la justesse de leurs réclamations. (Cart., t. l, p 19)

Les monastères de Lobbes, Saint-Vanne, Gembloux, Waulsort, Saint-Trond , Saint-Berthuin, tous possédaient des spécimens des batteurs des Xe, XIe et XIIe siècle ; le mouvement artistique était dès lors très prononcé, si bien que saint Bernard, fondateur de l’abbaye de Villers, s’éleva contre le luxe des abbayes en 1132.
Il reste peu d’objets importants du XIIe siècle. Le chandelier de Postel est de cette époque.

L’an 1203, les Dinantais font de nouveau reconnaître leurs droits à Cologne et l’an 1211 ; un acte fait mention des privilèges accordés aux citoyens de Dinant dans les villes rhénanes, pour l’exportation des métaux du Hartz , de la Saxe et de la Westphalie et l’importation de leurs produits.

L’an 1252, les objets en cuivre manufacturés à Dinant sont mentionnés en un tarif établi par Marguerite, comtesse de Flandre, pour le port de Damme.
Le Grand d’Aussy, dans son Histoire de la vie privée des Français, cite une pièce du XIIIe siècle relatant la réputation de l’art des Dinantais pour la fabrication du cuivre ; Varin cite les objets fabriqués.

L’an 1265 vit naître les premières luttes entre Dinant et Bouvignes, lors de la cession du comté de Namur au comte Henri III de Luxembourg.
Lambert li Cornu, de Liège, faisait, en 1217, le bassin en métal de la fontaine de Huy.

Les chroniques du XIIIe siècle, dit Pinchart, ne nous ont presque rien appris sur des œuvres en cuivre fondu ou martelé exécutées dans notre pays ; il faut cependant citer le chandelier de Parc, près Louvain, deux lutrins à Tournai ainsi que le pupitre de Saint-Vaast, le célèbre encensoir de Lille.
Liège fournissait à cette époque d’habiles orfèvres et des fondeurs célèbres.

L’an 1329, les trafiquants dinantais obtenaient d’Édouard III, roi d’Angleterre, pour leur commerce avec la Grande-Bretagne, une partie des franchises accordées par Édouard I, en 1303, aux marchands étrangers sur les tonlieux.

Les marchands de Dinant, réunis en compagnie d’Angleterre (Cart. I, p. 98), étaient affiliés à la gilde ou hanse teutonique de Londres ; ils obtinrent remise de diverses marchandises par sentence du 10 septembre 1344.

Les noms de plusieurs Dinantais figurent dans les documents de cette époque :

Colard (de Wateressye de Dynancia) Watrisse, 1301 ;

Hasard, de Veel (de Vaux),

de Scioteriou et Jean Jacob, 1327 ;

Jaqmar de Huy,

Alard Salmyr et Thomas de Damheg, marchands de Dinant, en 1337 ;

Jean Hasard,

Wauthier Spylard,

Hubert et Alard Salmier,

Damheye,

Malrethyne,

Jean Lucie, en 1342 ;

Sachel, Gommaud , Jeannin de Huy,Waterce, Lesage, Sachiaulx, Hongherie,
Dawaigne, en 1371.

Le Dinantais Gille de Huy est autorisé par Édouard III à trafiquer librement dans ses États.
L’histoire mentionne encore les noms de fondeurs célèbres de Dinant à celle époque :

Jean Josès, qui s’établit à Tongres en 1312 et dont la famille existait encore à Dinant en 1484 (Cart., t. III, p, 38) ;

Jean de Dinant, fondeur en pots à Louvain, 1322 ;
maître Lambert de Dinant qui, en 1377 et 1378, exécuta deux ouvrages pour l’hôtel-de villc de Malines ;

Gilles de Dinant, qui fit trois grands bassins pour Jeanne, duchesse de Brabant et six canons pour le château de Dalhem, en 1379 ;

Nicolas Joseph de Dinant, cannonnier de Philippe le Hardi , en 1386 ; il fondit une cloche de mille livres, de grandes colonnes, etc., et s’établit à Dijon, faisant venir son cuivre de Dinant.

Nous trouvons encore parmi les batteurs du XIVe siècle Hennekins d’Avenue, en 1347 ; Lambert Malar et Colar de Loyer, en 1392 ;

Godissart père en fils, 1393 à 1464

Le chroniqueur J. Duclerc prétend qu’à cette époque les fourneaux des fondeurs de Dinant valaient plus de 100,000 florins du Rhin.

Dinant était alors prospère et Bouvigne comptait 250 batteurs avec plus de 1.000 ouvriers.

L’an 1411, les batteurs de Dinant, renonçant pour le présent et l’avenir à toute autre charte, reçurent un règlement de Jean de Bavière, évêque de Liège. Les lettres et les corporations de métiers avaient été abolies par le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut l’an 1408, mais l’année suivante ils ordonnèrent que les métiers du pays de Liège recourent à leur prince-évêque pour en obtenir de nouveaux statuts. (Cart. I, p. 184.) Il fut institué quatre mayeurs du métier de la batterie, pas plus proches parents entre eux qu’au quatrièrne degré, élus par vingt prud’hommes du métier, aussi éloignés entre eux jusqu’au quatrième degré.

Les quatre mayeurs devaient, ainsi que les échevins de la ville, nommer six maîtres chacun et pouvaient, avec ces douze maîtres, gouverner le métier, imposer les amendes, briser les ouvrages mal faits, réunir la corporation quand bon leur semblait et faire respecter les droits de leur prince. Nul ne pourra être maître, s’il n’est fils de maitre " nez de loyal mariage »

En 1428, Louis de Hamale fondit un lutrin pour l’église de Saint-Etienne, à Freeren,
En 1435, Henri Hubert de Dinant fit un chandelier pesant 635 livres pour l’abbaye de Saint-Vaast, à Arras.
Ce fut un fondeur de Dinant qui fit les chandeliers de Saint-Jean-l’Évangéliste, à Namur.

En 1455 et 1459, (Wauters) le célèbre Jean de Geryne (de Gérin, village près de Dinant) s’établit à Bruxelles et y construisit le tombeau de Louis de Maele, comte de Flandre et celui de Jeanne, duchesse de Brabant, détruits, le premier, en 1578, le second, à la fin du XVIIIe siècle. Sa famille, expatriée, continua à s’illustrer ; on remarque encore Jacques de Gérine, devenu très célèbre à Bruxelles.

Le Cartulaire de Dinant cite les noms suivants des batteurs de cette époque :

Godiscal Parens, 1417

Hasar, 1418 à 1454 ;

de Loyer, 1419 ;

Bilhon dit le Plas, 1421 ;

Bietrant, 1422 ;

de Mons, 1435 à 1440 ;

Bouvelet, 1441 ;

Thiery de Freire, 1454.

L’an 1455, trois batteurs de Dinant, Massart, fils Jean de St Hubert, Cracolin et Jehan de Loyer, endettés, quittaient furtivement la ville avec batteries de « poelles et chaudrons » pour aller « astorer » leur industrie en Angleterre. Mais ils furent « ratains » à Boemel, dans la Gueldre, signalés par le magistrat de Dinant à l’évêque de Liège .

L’an 1461, des difficultés étant survenues touchant l’administration de la ville entre les neuf métiers et celui de la batterie, des arbitres nommés par la cité de Liège décident en la halle de Dinant, d’accord avec Louis de Bourbon, évêque de Liège, que les mayeurs et douze membres de la batterie, n’étant point du conseil de la ville, doivent se conformer aux décisions de la généra1ité.

La ville de Dinant réclame, en 1465, à Louis XI, roi de France, la restitution d’un envoi de poelles, bassirons, frahias , chaufoirs , bachins , montant à plus de 22.000 livres de cuivre, embarqués à la foire d’Anvers pour l’Angleterre, mais prises par des gens d’armes français et retenus à Honfleur.

Ces marchandises portaient la marque renseignée aux gravures et provenaient de Jean de Halloy, Destacho, Jean de Focan , Bauduin de Sorinne, Jean de Loyer, Jacques et Loren Aux Brebis, Salmicr, le Charpentier, Sauvage et Joset.
Colard de Salmier et Jean de Focan furent envoyés par la ville en France pour soigner cette affaire.

En 1466, le débat n’était pas encore terminé et Dinant réclamait encore 13.300 livres de cuivre.

C’est à cette époque que le métier des batteurs, les neuf métiers et les bourgeois de la cité de Dinant nommaient des délégués à Liège pour négocier la paix avec Char1es le Téméraire (1466). Mais des tiraillements existaient entre les neufs métiers d’une part et les bourgeois unis aux batteurs d’autre part ; ces derniers consentaient à accepter les conditions de paix.

Une lettre signée par Jehan de Focant, pour les bourgeois « d’emmi la ville » et par Gilles de Dréhance, maïeur du métier de la batterie, demandait, en 1466, au magistrat de Liège de mettre l’accord entre eux. Funeste dissension !
Rien n’y fit. Un coup mortel allait être porté à Dinant et à l’industrie qui l’avait enrichie, Excités contre le duc de Bourgogne, quelques Dinantais, parmi lesquels Sidérius cite Lapety, Couart , Piron, Pirson et Pirlot de Biron, élevèrent une statue de femme représentant la duchesse avec ces vers :

Quand cette femme de filer cessera

Le duc Philippe cette ville aura,

Puis un mannequin représentant le duc avec ces mots :

Voici le siège du grand crapaulx, .votre duc,

Le pape Pascal II excommunia les Dinantais, dit Sidérius, pour avoir enfreint la trêve et ordonna aux gens du duc de les punir.

Le 14 août 1466, le duc de Charolais investissait la ville de Dinant et l’anéantit. Pendant deux mois, ses gens démolirent ce que l’incendie et le pillage avaient épargné.

« Il polrait, dit Jacques de Clecq sembler que Dieu souffrist cette pugnition d’eulx faite tant pour ce qu’ilz estaient excomnmuniez comme pour la grande orgueil et oultrecuidance ,dont ceux de la ville étaient pleins, et ne crennaient Dien ne homme »

On a écrit des poèmes sur cette catastrophe sans précédent (de Barante) dans l’histoire du monde et à laquelle des poètes, en vers latins, n’ont trouvé de comparable que la chute de Troie dans l’antiquité et la ruine de Jérusalem par Titus.

Jean le Charpentier, ancien maître de la ville, fut décapité par ses concitoyens eux-mêmes.
S’acharnant à la ruine de la cité, Charles le Téméraire disperse les batteurs de Dinant dans d’autres villes du pays et de l’étranger. Il érige à Namur le métier de la batterie, prétextant « que les ouvrages de batterie de Dinant étaient austre et d’autre façon que ceux qu’on oeuvre en nostre ville de Bouvignes ». Le 29 octobre 1486, Philippe le Bon publie leurs statuts à Namur.

Bertrand deWespin , mari de Catherine Aux Brebis, Jehan de Halloy, Colard de Loyers et d’autres s’y rendirent, mais n’y restèrent pas longtemps, refusant de prêter- un serment resté inconnu. Ils partirent pour Louvain et Anvers.

Il s’établit à cette époque, avec l’autorisation des villes hanséatiques, des batteurs dinantais à Huy (Cart., t. II, p. 305), à Tournai, à Bruxelles.

Pierre Bladelin, de Dinant, se rendit, en 1467, à Middelbourg en Flandre. Il devint conseil et maitre d’hôtel de Charles le Téméraire, chevalier et seigneur de Midelbourg, et sut obtenir du prince pour ses compatriotes les mêmes privilèges que ceux dont ils jouissaient à Dinant.

Trois établissements principaux de fondeurs brillèrent à l’étranger, à Tournai, Bruxelles et Middelbourg depuis le XIVe jusqu’au XVIIIe siècle.

En 1478, Louis de Bourbon confirma aux batteurs rentrés à Dinant les statuts qui leur avaient été octroyés en 1411 par Jean de Bavière tels que Wathier de Wespin, jadis abbé de Leffe, les avait copiés. Les batteurs Colard le Guillart, Massin le Moial, L. de Bien et Jehan le Charpentier furent nommés pour représenter leur métier au conseil de la ville. Ils réclamèrent de la ville de Lubbeck leur ancienne position dans la Hanse teutonique.
Le nouveau sceau de Dinant date de 1478

En 1488, Jean Salmier, batteur de Dinant, marchand de la Hanse d’Allemagne, n’ayant pu vendre « ses paiIlez comme papelottes de kevrez », fabriqués par les batteurs Sadu, de Wespin, le Vache et de Bins, demande aux magistrats de la ville une attestation pour pouvoir les envoyer à Campen, diocèse d’Utrecht, pour les diriger de là à Londres, à ses facteurs.

Nous trouvons comme batteurs à. cette époque établis à Dinant,

André le Moyaul (1489),

André Lovrier (1491),

Colin Boyleuwe (1492)

Lambert de Loyer (1498).

En 1492, l’évêque Jean de Horne, sur la plainte des Dinantais, invita les officiers de Namur à cesser leurs vexations sur les batteurs de Dinant.

Au XVe siècle, dit Rodenbach, l’industrie du cuivre disparaît avec la guerre qui avait ruiné Dinant. Malgré leurs privilèges, les batteurs ne parvinrent qu’avec peine à relever l’industrie de leurs aïeux. Ils n’ont plus qu’un moulin, une affinoire, une fonderie et une pêcherie.

On peut y ajouter un hôpital, situé rue Grande (gendarmerie actuelle).

Les grandes luttes entre Dinant et Bouvignes avaient pris fin vers 1445, dit Pinchart.

Au XVIe siècle, nous rencontrons encore les noms des batteurs suivants à Dinant

Tormen et Badry en 1501 et 1503 ;

Grongnar en 1502 ;

Lardenois en 1503 ;

W de Wespin, batteur et mambour de l’hôpital des batteurs, de 1504 à 1516 ;

A. de Loyer, de 1505 à 1514 ;

G. Le Covereur en 1506 ;

J, Maigre en 1507

J. Lambiche en 1509 ;

D. Bachy, J. Grognart et H. de St Hubert en 1514 ;

J. Godissart, J. Le Viau et A. de Fessar en 1516 ;

J. de St Hubert (dit Huby) et P. de Wespin en 1517 ;

W. de Wespin,

A. de Purnode,

F. Lambiche (dit Lubin),

M. Lambiche,

H. de Lohir,

C. de Lymoer,

J, Paignon,

J Gobbin,

F. et J. de St Hubert,

W Massinet,

A. de Suxhart en 1541

J de Wespin en 1587 ;

C. Le Vache en 1594 ;

E. de Wespin en 1598 et D. Bodry.

Le 4 février 1522, Charles Quint, à la demande de l’évèque de Liège et de la duchesse de Bourgogne, autorise les batteurs de Dinant à trafiquer en Lorraine et dans tous les pays avec lesquels il n’est pas en guerre ; sous prétexte de guerre, on les empêchait de négocier en Luxembourg, afin de prévenir l’abandon, désolation et dépopulation de Dinant, laquelle « est principalement fondée, dit-il, sur le stil et mestier de la batterie. »

Après l’invasion française du 10 juillet 1554, Georges d’Autriche, évêque de Liège, informé que les Français avaient, pendant l’occupation de Dinant, pris, égaré, perdu les papiers et registres du métier des batteurs, leur rend leurs anciens privilèges, d’après une copie retrouvée par le chanoine N. de Mouzon, de Liège

.
Cette occupation militaire avait ruiné Bouvignes, dit Sidérius, renversé les fortifications et détruit les faubourgs de Dinant.
Cinquante ans plus tard, Bouvignes ne possédait plus que deux batteurs au lieu de vingt-deux et 500 habitants (Sidérius).

Dans une touchante lettre du 17 juilet 1554 (Cart.III, p. 373), nous voyons les batteurs dinantais inviter leur vieux ennemis les batteurs de Bouvignes, ruinés par la guerre, à venir se réfugier dans leur hospitalière corporation.
C’est à cette époque que le métier de la batterie ordonnait à chaque batteur de mettre sa marque sur « chascun de ses produits, sous peine de douze aydans de Brabant, afin d’éviter les fraudes

Le XVIe siècle n’apporta plus dans sa seconde moitié que famine, peste et inondations à Dinant.
On cite

A.Le Moyaul, batteur en 1602 ;

Hubert de Rostenne en 1617,

N. de Wespin en 1628 et

J. Baré en 1647

Nicolas Bello et Dusart ont produit d’assez bonnes œuvres. Les chandeliers de la Collégiale sont du premier ; les musées de Bruxellcs et de Namur renferment des objets fabriqués par le second en 1630 et 1670.

La statue en bronze de Guillaume de Beckman, bourgmestre de Liège, fut fondue à Dinant en 1634 et détruite en 1649. Le célèbre perron de Liège, fait sous Jean de Heinsberg, disparut en 1693

Au musée de la Société archéologique de Namur se trouve un grand bassin en cuivre avant sans doute servi à rafraîchir les vins dans quelque grande maison. Il est décoré d’ornements dans le goût du XVIIe siècle et travaillé au repoussé. Sur la panse se trouve, d’un côté, trois tours disposées comme dans un écu entre deux médaillons représentant l’un Vitellius, l’autre Vespasianus à cheva1 et en costume d’empereur romain. Sur l’autre coté du vase, au centre, trois disques entre les, médaillons de Vespasianus et Domitianus, revêtus d un costume mi-partie romain, mi-partie moyen-âge. Hauteur du bassin ; 27 centimètres ; longueur, 54 ; largeur : 30.
Deux tètes de lion avec anneaux servent d’anses aux deux extrémités, Quatre griffes enserrant des boules sen-en t de pieds. Sur une de ces boules, on lit distinctement : « A. Dinant, par Dusart, 1633 »

Au même musée, existe un grand plat de cuivre orné de figures travaillées au repoussé. Le centre est orné d’une tète humaine entourée d’une couronne de feuillage de 40 centimètres de diamètre. Six autres tètes semblables, mais plus petites, occupent la bordure et sont entourées d’ornements et de fruits dans le goût du XVIIe siècle. Ce travail considérable dénote une grande habileté de marteau. Son diamètre est de 80 centimètres.

Il y il lieu de remarquer que dans la villa belgo-romaine d’Anthée, datant du haut-empire, on a dé couvert les restes d’un four qu’un habile homme du métier a déclaré avoir appartenu à un four à fondre le cuivre.

Au XVIIe siècle, commença la décadence de la dinanderie et le XVIIIe vit sa fin
Le dernier souvenir matériel des batteurs vient de quitter Dinant.
C’est la clef de voùte de la porte d’entrée de l’ancien moulin des batteurs (devenu la propriété des Thermes Dinantais).

On a pu voir en cette année 1887 cette pierre marquée de l’écusson des batteurs conduite en brouette à Bouvignes, l’ancienne rivale.
Elle repose du reste en d’excellentes mains, chez M. Alfred Henri, numismate et archéoloque d’avenir

L’écusson officiel, si je puis le dire, des batteurs de cuivre à Dinant se trouve gravée sur cette pierre authentique ; il porte sinople an chaudron d’or surmonté de deux marteaux d’argent posés debout, les têtes en sens opposés.

Loin de nous la prétention de vouloir pénétrer le mystère de la naissance de l’industrie du cuivre à Dinant.
Remarquons toutefois que les conditions de son existence affluaient de toutes parts.
En effet, sauf la matière première, le cuivre, que nos fabricants vont encore chercher actuellement en Angleterre, en Espagne, en Amérique, même en Australie, et dont la grande valeur peut supporter ,les frais d’un long transport, Dinant possédait dans ses environs tous les autres éléments :le bois de ses forêts voisines, comme combustible ; la derle ou terre à pots de Lisogne, d’Andoy, Mozet, Maizeret, la calamine du comté de Namur ; le fer forgé nécessaire aux ustensiles, les coups d’eau comme force motrice et la Meuse comme moyen de transport vers les pays d’outre-mer.

L’esprit d’entreprise aidant, l’industrie du cuivre aura été implantée dans des conditions naturellement favorables.

LA COUQUE DE DINANT

Qu’il nous soit permis de saluer en passant cette bonne vieille couque de Dinant, dont la fabrication constitue aujourd’hui la seconde grande industrie de la ville.
Son origine est antique, mais fort naturelle. Le miel, indispensable à la couque, est produit dans les bruyères des Ardennes voisines, de temps immémorial ; son emploi le plus judicieux consiste dans le mélange avec la farine de seigle, d’épeautre ou de froment du pays ; le miel des Ardennes est encore le plus recherché par les fabricants.

D’autre part, les vieux moules en terre, en plomb, en cuivre des batteurs de Dinant ont servi à donner à la pâte un petit air artistique et attrayant.

Aujourd’hui, les moules sont en bois de poirier. Les fabricants actuels rivalisent de goût dans l’ornementation originale de leurs produits et d’honnêteté dans le choix scrupuleux des matières premières.

Extrait de
DINANT Art Histoire et Généalogie par le Baron Ferdinand del Marmol
Chez A. Gérard imprimeur-éditeur Dinant 1888

Michel M.E. HUBERT