Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

L’ORGANISATION MILITAIRE DE DINANT A TRAVERS LES SIECLES

7 janvier 2009 - Michel HUBERT

Nous continuons l’étude organisationnelle de la ville de Dinant à travers son histoire militaire particulièrement riche en attaques et défenses de toutes sortes : ceci nécessitait la présence de forces armées spécifiques et constamment opérationnelles ; comment la ville les recrutait, les organisait, les payait ; quels étaient les droits , devoirs et privilèges de ces compagnies : tel sera le thème de ce nouvel article.

LA CHATELLENIE

Le territoire de la châtellenie était très étendu ; il comprenait presque toute la partie méridionale de la principauté de Liége comprise dans la province de Namur actuelle.
L’organisation de la châtellenie semble dater du commencement du XV• siècle, à l’époque des violentes querelles qui s’élevèrent entre Liégeois et Namurois.

C’était surtout une organisation militaire, en vertu de laquelle les surcéans devaient, en échange de la protection que la ville de Dinant leur assurait, fournir à celle-ci des milices équipées. Les surcéans ne bénéficiaient pas seulement de l’aide et de la protection de la ville ; comme ils étaient considérés comme bourgeois « afforains de Dinant, la ville prenait fait et cause pour eux lorsque leurs franchises et libertés étaient menacées.

Elle citait à sa barre ceux qui causaient préjudice aux habitants des communautés des quartiers d’Amont et d’Entre-Sambre-et-Meuse, dont el1e était constituée l’avoué.
Le quartier d’Amont comprenait toutes les dépendances du pays de Liége au-delà de la Lesse, savoir : Anseremme, Ave avec Resteigne, Falmignoul, Baronville, Bure et Tellin, Braibant, Buissonville avec Haversin, Chaleux, Dinant, Honnay, Halloy, Mesnil-Eglise ; Neuville-en-Famenne, Revogne avec Naron, Nassogne, Rochefort, Sevry, Saint-Hubert, Villers-sur-Lesse, Vencimont, Lavaux-Sainte-Anne, Wavreille et Wancennes.

Le quartier d’Entre-Sambre-et-Meuse comprenait tous les territoires liégeois entre la Sambre et la Meuse et la ville de Dinant était considérée comme la capitale de la Sambrie, ainsi qu’on dénommait parfois l’Entre-Sambre-et-Meuse.

En 1569, les marchands dinantais se plaignirent au conseil de ce que les baillis de certains endroits du sud de l’ Entre-Sambre-et-Meuse prétendaient percevoir des droits de tonlieu sur leurs marchandises, et notamment sur leurs vins ; le conseil fit savoir à ces baillis que Dinant est « réputée la ville capitale d’Entre-Sambre-et-Moeze, l’ung des cincque quartiers du pays de Liége, comme chacun sceit, enquel quartier noz bourgois ne sont arestables, ains sont de toute antiquité francs et exemptz de tous thonIieux, maletates, wynaige et impos » Daniel Montis, qui rédigea le document, le termine en disant encore :
« Dynant, ville capitale du quartier d’amont, qu’on dist d’Entre-Sambre-et-Mooze »
Daniel Montis oommet là une erreur évidente, car le quartier d’amont et celui d’Entre-Sambre-et-Meuse étaient deux quartiers différents, ainsi que nous venons de l’exposer. Il est cependant vrai de dire que la ville de Dinant était considérée comme la capitale de chacun des deux quartiers.

Cette même année, la ville de Dinant avait déjà fait des représentations à la ville de Châtelet, pour les mêmes raisons, et encore à Jean de Glymes, seigneur de Florennes, qui avait exigé un droit de stalaige des marchands dinantais. La ville de Dinant faisait remarquer que si ses bourgeois jouissaient de la franchise dans les localités ci-dessus .indiquées, la réciprocité existait à Dinant, en faveur des habitants de Châtelet et de Florennes.

Les documents antérieurs au sac de la ville abondent en semonces aux surcéans de la châtellenie à avoir à faire bonne garde et à se tenir prêts à venir au secours de la ville. Nous savons ainsi quels étaient les villes et villages : qui dépendaient de Dinant, au point de vue militaire.

C’étaient la châtellenie de Couvin, comprenant : Couvin, Nismes, Boussu-en-Fagne, Olloy, Frasnes, Dailly, Oignies, Pesches, Gonrieux et Aublain ; la place forte de Sautour et ses surcéans : Samart, Villers-le-Gambon, Sart-en-Fagne, Villers-en-Fagne, Villers-deux-Eglises, Neuvine-le-Chaudron, Franchimont, Cerfontaine ; les villes de F1orennes, Surice, Senzeilles, Jamagne ; la place-forte de Haute-Roche(Dourbes) ; le ban d’Havelange ; la seigneurie de Beauraing ; les places de Haversin et Buissonville, Braibant et Halloy ; les villes de Ciney et Nassogne ; la prévôté de Revogne, comprenant : Honnay, Wancennes, Vencimont, Villers-sur-Lesse, Bure, Temin, Ave Lavaux-Sainte-Anne, Wavreille, Belvaux, Neuville, Baronville, Mesnil-Saint-Blaise,Mesnil-I’Eglise, Maison-Celles, Falmignoul, Chaleux et Anseremme ; les villages de Laneffe, Ham-sur-Heure, Hanzinne ; enfin, la châtellenie de Rochefort et le comté d’ Agimont, avec Givet, Hierges, Haybes, etc.

Peut-être les villes de Fosses, Thuin et Châtelet étaient-elles également dans une sorte de dépendance militaire vis-à-vis de Dinant, capitale de la Sambrie.
Dans tous ces villages, et villes, Dinant donnait ses ordres, réquisitionnait les hommes d’armes, imposait les capitaines et indiquait les mesures à prendre pour assurer la sécurité du pays.

Parfois, les surcéans regimbaient et il fallait les rappeler à l’ordre ; ainsi, en 1465, ceux de Couvin se rebellèrent, parce que les Dinantais les avaient qualifiés de surcéans de la chatellenie de Dinant et non confrères ; au mois d’avril, la ville de Dinant demanda à Couvin si, oui ou non, elle voulait faire encore partie de la châtellenie. Les Couvinois décidèrent de se séparer de Dinant et, sur ce, la ville enjoignit aux villages dépendant de Couvin de n’obéir qu’à elle même (6 mai) et, dix jours plus tard, elle mandait aux mêmes villages de ne plus faire ni guet, ni garde à Couvin, tant que les Couvinois n’auraient obéi aux commandements des maîtres et conseil de Dinant.

En 1543, le prévôt de Revogne dressa un record établissant que sa prévôté avait toujours fait partie de la châtellenie de Dinant ; en 1568, la cour de Revogne établissait un nouveau record précisant que ceux de Villers-sur-Lesse, Neuville, Falmignoul, Chaleux et Anseremme, avaient toujours déféré aux sommations faites par le prévôt depuis plus de cinquante ans et elle signalait notamment qu’ils avaient assisté à une exécution capitale qui avait eu lieu en lieu-dit Juffremont, hauteur de Revogne.

Cependant, Anseremme n’est plus citée qu’en 1570, lors d’un dénombrement des localités dépendant de la prévôté.
A cette époque, Anseremme était englobée dans la franchise de Dinant.

Les hommes capables de porter les armes dans la prévôté indiquaient un total de 187 arquebusiers, hallebardiers et piquiers ; cinq villages n’avaient pas fourni le relevé demandé par la ville, savoir : Revogne, Vi1lers-sur-Lesse, Vencimont, Lavaux et Ave. Les bourgmestres, jurés et conseil, prononcèrent le bannissement avec pertes de tous droits des habitants des villages en question, qui étaient en outre condamnés à 20 sols au profit de l’évêque (23 août) ; en marge de l’acte, on lit que ceux de Vencimont, ayant fait leurs excuses et fourni le dénombrement des hommes d’armes, le 31 août, « par ains, ils n’ont esté banny albains ainsi mis hors ».

Eu 1655, le conseil de Dinant certifia que les manants de Buissonville et Haversin étaient considérés comme bourgeois afforains de Dinant ; il délivra pareille attestation en faveur des habitants de Nassogne, en 1660. Il certifiait qu’ils « sont bourgeois afforains privilégiés et exempts du tonlieu de S. A. et de tous impôts ordinaires en la dite ville comme du chaussage et autres, et ce, en considération des servitudes et obligations que lesdits de la prévosté ont de se trouver icy à tous nos commandements, avec armes et équippes, pour la défense de la ville ».

A partir du XVIe siècle, il semble bien que les prestations militaires n’aient plus été fournies par l’Entre-Sambre-et-Meuse ; quant à la prévôté de Revogne, on la voit continuer à envoyer ses hommes aux « monstres » qui se faisaient à Dinant et à la semonce des Dinantais
alerter les habitants de la prévôté ; pour Revogne aussi la dépendance militaire cessa à partir du XVIIIème siècle.

L’AVOUE

C’est le défenseur en titre officiel de la ville ; pendant la période franque, le mot avoué « advocatus » désignait plus spécialement qui jurait de défendre et protéger une communauté religieuse. Cependant, avant Charlemagne, on ne connaît ce personnage que sous le nom demanbumus ou , tuteur, qui deviendra le mot, mambour, si fréquent dans les archives liégeoises, et qui désigne notamment le regent que le chapître de Saint-Lambert investissait du pouvoir souverain pendant le sede vacante ou vacance du siége épiscopal.

Si l’avoué, dès le principe, a le caractère de tuteur des églises et des abbayes dont les supérieurs, en leur qualité de clercs, ne peuvent porter les armes, et si le rôle des avoués ecclésiastiques a été de loin le plus important, il y eut aussi des avoués laïques pour certaines régions et certaines villes.

Le premier avoué de Dinant n’était qu’un «  ministerialis » délégué du comte de Namur, qui exerçait dans la ville les droits que le comte lui-même détenait comme représentant du roi de Germanie.

Un très curieux document de vers 1060, nous fixe sur les droits qui compétaient à cette époque, au comte de Namur, dans la ville de Dinant. La ville avait été autrefois le chef-lieu d’une centène, division du pagus de l’époque franque, et ce document permet de constater la subsistance de l’antique droit franc ; c’est ainsi qu’il se tenait encore, au milieu du XIème siècle, à Dinant, trois plaids généraux par année, dans lesquels les monetarii rendaient la justice.

Bientôt, l’évêque de Liége, déjà titulaire de droits importants dans la ville, évincera le comte de Namur, par suite de donations, etc., et deviendra le seul seigneur suzerain. C’est lui qui, au XII" siècle, instituera l’avouerie héréditaire de Dinant, au profit de la famille des comtes de Duras.

L’avoué de Dinant sera exclusivement le chef militaire des milices bourgeoises et des contingents mercenaires ou autres recrutés pour la défense de la ville ou pour les expéditions militaires si fréquentes des Dinantais, aux XIIème, XIVème et XVème siècles.
Il semble que la chargle ait été purement honorifique, car, nulle part, nous n’avons trouvé trace de redevances quelconques payées à l’avoué pour ses services ou en échange de sa protection.

Par oontre. nous voyons souvent 1a ville réclamer son intervention pour les opérations de guerre et aussi pour les festivités qui marquaient à Dinant chaque joyeuse entrée du prince-évêque dans sa bonne ville.
A partir du XVI" siècle, on peut dire que la charge d’avoué devient purement honorifique.

Avoués de la ville de Dinant

Godefroid (1152). Cité dans les chartes, de 1146 à 1161. Il devint oomte de Duras par son mariage avec Julienne, héritière du comté de ce nom.Il était aussi comte de Clermont (entre Liége et Huy), de Montaigu (entre Marche et Laroche) et avoué de Saint-Trond.

Gilles ou Gilbert, comte de Duras. Frappé de la lèpre, en 1185, et n’ayant pas d’enfants, il abandonna tout ce qu’il possédait à ses frères Conon et Pierre. Ceux-ci, privés également de postérité, donnèrent leurs biens à l’église de Liége.
L’évêque, Raoul de Zahringen, vendit ensuite Clermont, Rochefort et l’avouerie de Dinant, à Wéry de Walcourt, beau-frère de Gilles, Conon et Pierre de Duras.

Wéry de Walcourt (1180-1192) épousa Berthe de Looz de Duras, dame de Rochefort, fille d’Othon de Looz, comte de Duras.

Thierry de Walcourt (1192-1224).

Gilles de Walcourt (1227-1278), fils de Thierry.

Wéry de Walcourt (1276-1278), fils de Gilles, épousa Yolende de Condé.

Thierry IV de Walcourt (1285),oomte de Montaigu, sire de Walcourt, épousa Gertrude de Juliers.

Thierry de Walcourt, dit de Rochefort (1321), chevalier.
Jean 1er de Walcourt-Rochefort, fils ,du précédent, comte de Montaigu, épousa Isabelle de Looz.

Jean II de Walcourt-Rochefort, fils du précédent, épousa Félicitée d’Oupeye, mort en 1377.

Jean III de Walcourt-Rochefort, fils du précédent, décapité à Liége, le 3 octobre 1408, époux de Marguerite d’Autel.

C’est sans doute ensuite de cette exécution de Jean de Rochefort, que le comte de Hainaut prit, avec la seigneurie de Rochefort et le comté d’Agimont, le titre d’avoué de Dinant.
Le comte Guillaume de Hainaut mourut le 31 mai 1417 et la comtesse Jacqueline, exécutant les dernières volontés de son père, rendit aux deux orphelines de Jean de Rochefort, Agnès et Marguerite, les biens dont l’évêque les avait dépouillées après la mort de leur père.
Agnès de Rochefort, Comtesse de Montaigu et haute avoueresse de Dinant, épousa, en 1422, Evrard, comte de La Marck et d’Arenberg, mambour et protecteur du pays de Liége et l’avouerie de Dinant passa dans la puissante famille de la Marck (St. Bormans).

Evrard III de la Marck, époux en premières noces de Marie de Bacquemont, dame de Lumain, était un des plus puissants seigneurs de la région ; seigneur de la Marck, d’Arenlberg de Neufchâteau, de Lumain, Sedan et BaIan, de Rochefort et d’Agimont, de Mirwart, Lompré et Villance, etc ; gouverneur des ville et duché de Bouillon ; mort avant le 31 janvier 1441.

Evrard IV, de la Marck, fils du précédent, se ligua avec Jean de Beauraing, contre le duc de Bourgogne, et lâcha sur les terres du duc la bande, dite des « écorcheurs ». Philippe-le-Bon força le prince-évêque de Liège à assiéger son vassal dans ses châteaux d’Agimont et de Rochefort. A cette expédition, prirent part les milices des villes liégeoises, et notamment les Dinantais, qui luttaient ainsi contre leur tuteur.
Les châteaux furent pris et Evrard de la Marck mourut de douleur, de ne pouvoir rentrer en possession de son bien (1446).

Le comté d’Agimont, auquel était attaché la qualité de haut avoué de Dinant, fut géré par des délégués du prince-évêque, pendant six ans. En 1452, un accord intervint entre Louis Ier de la Marck, frère germain du précédent, et le prince-évêque, accord qui restituait les seigneuries de Rochefort et d’Agimont à la famille de la Marck.
Comme avoué de Dinant, Louis de la Marck assista à la joyeuse entrée du prince-évêque Louis de Bourbon à Dinant, en août 1456.
Il épousa Nicole d’ Autel, dame d’Aspremont, et mourut vers 1498.

Evrard V de la Marck (1499-1524), fils du précédent.

Philippe de la Marck (1524-1529), frère du précédent, entra dans les ordres et fut nommé curé de Bouvignes (1513).

Louis III de la Marck (1529-1542), neveu du précédent, fils de Louis II de la Marck, seigneur d’Herbeumont, et d’Agnès de Rodesnach. Il épousa Elisabeth d’Autriche, fille naturelle de l’empereur Maximilien, qui ne lui donna pas d’ enfants. En lui, s’éteignit la branche de la Marck de Rochefort-Agimont.

Louis de Stolberg (1545-1555), cousin du précédent, époux d’Anne de Koenigstein, fille de Philippe et de Louise de la Marck.

Le comté d’Agimont fut cédé, par Louis de Stolberg, à l’empereur Charles-Quint, pour qui traitait Marie, reine douairière de Hongrie, le 6 avril 1555, ponr le prix de 145.000 livres de gros.
A partir de ce moment, il n’est plus question de l’avouerie de Dinant.

LES COMPAGNIES BOURGEOISES

Elles concourraient avec les compagnies militaires, à la défense de la ville, même, à l’origine, avant l’organisation des arbalétriers et des couleuvriniers ; ces oompagnies étaient seules à pourvoir à la défense des murs et à la garde des portes et tours.
Lors de l’organisation des trois grands groupes urbains, les compagnies se formèrent dans ces groupes, mais, plus tard, on ne tint plus compte, pour la formation des compagnies militaires, que de l’endroit où habitaient les bourgeois et l’organisation se fit par faubourgs
ou quartiers de la ville.
En 1625, la ville comptait cinq compagnies bourgeoises qui passèrent « montre », le 29 janvier, en la Neuve Voie, devant Jean Regnard de Berloz, gouverneur du château et souverain mayeur de Dinant et devant les bourgmestres Pierre Chevalier et Philibert Tornon.
Elles étaient sous le commandement d’un sergent-major (commandant), Perpète Noiset et de cinq capitaines. Il y avaï.t cinq porte-drapeaux (alfers), dix sergents et 827 gardes.

L’armement se décomposait comme suit : 259 mousquetaires, 402 arquebusiers, 51 hallebardiers, 83 picquenaires ou piquiers, 4 hommes armés de pieux et 28 hommes qui, ce jour-là, étaient chargés de la garde des portes, et dont l’arme n’est pas indiquée au rôle.

La première compagnie, dite compagnie des bourgeois, comprenait les hommes du quartier Saint-Nicolas, depuis la ruelle Saint-Michel, les Rivages et Herbuchenne.
La deuxième, dite des batteurs, comprenait toute la partie de la ville sise en deçà de la porte Martin, jusque et y compris le Marché Saint-Nicolas, l’Ile et Neffe.
La troisième, dite des neuf métiers, comprenait le centre de la ville, depuis la ruelle Saint-Michel jusqu’à la porte Chapon et, en plus, Saint-Medard
La quatrième comprenait la partie de la ville allant depuis le Marché Saint-Nicolas jusque la rue Saint-Michel et Leffe
La cinquième comprenait le Faubourg Saint-Pierre et Gemmechenne.

On sait que parmi les principales obligations :du vassal vis-à-vis du suzerain figuraient la plupart du temps l’ost et la chevauchée, c’est-à-dire le service militaire plus ou moins étendu. Les villes de la principauté étaient tenues de cette obligation vis-à-vis :du prince-évêque
et celui-ci en contre partie devait assurer à sa bonne ville, sa protection.

Les obligations de service des milices bourgeoises étaient assez lourdes ; elles devaient le guet et le surguet ways et eskerwais, soit la garde des portes et tours de jour et de nuit ; elles étaient astreintes à des exercices réguliers et à des revues ; elles devaient s’équiper elle-mêmes et courir aux remparts au son de la cloche ou du tambour ; elles devaient escorter le magistrat et les autorités aux processions de la Fête-Dieu
et de l’Assomption et dans les cortèges, aux joyeuses entrées des princes, etc.

On est étonné souvent du petit nombre de belligérants engagés dans des batailles dont l’histoire a retenu les noms et on se figure malaisément comment la ville de Dinant pût à un moment donné défier le duc de Bourgogne à l’apogée de sa puissance.
C’est parce qu’on sous-estime la force défensive des remparts qui enserraient .les villes à cette époque et aussi la puissance des bandes de quarante ou cinquante hommes décidés qui courraient le plat pays risquaient des coups de main contre les châteaux et même contre les villes à la faveur de la nuit ou de la surprise. Ces bandes de Château-Thierry, de Beauraing, de Celles, de Han, d’Orchimont n’étaient le plus souvent composées que de deux ou trois douzaines d’hommes dont l’audace faisait surtout la force.
A Dinant, la topographie de la ville offrait aux milices des facilités exceptionnelles pour sa défense ; aussi ne faut-il pas être surpris du. petit nombre de bourgeois que la ville pouvait mobiliser ; il correspondait, au XVIIe siècle, au chiffre réduit de sa population.

LES COMPAGNIES MILITAIRES

Les arbalétriers.


L’institution de cette compagnie militaire, la plus ancienne des trois que connût la ville de Dinant, doit dater du XIV• siècle ; le plus ancien document qui la concerne date de 1419 ; ,en juillet de cette année, le magistrat cédait aux arbalétriers l’emplacement dit « le fosset derière Saint-Menge » où, d’ancienneté, les arbalétriers avaient coutume de s’exercer au tir.

L’ancien local des arbalétriers, converti en savonnerie, se trouvait à Saint-Menge, en face de l’église de ce nom ; il possédait, à l’étage, une superbe cheminée en pierre sculptée, qui fut reproduite en stuc, lors de l’exposition de dinanderies en 1902.

L’entablement sur lequel se lisait une longue inscription en latin était supporté par deux importantes cariatides.
Ce local a été complètement détruit par l’incendie en 1914.
Les arbalétriers furent pourvus d’un règlement en 1456. La compagnie était limitée à cinquante hommes, bourgeois natifs de Dinant ou y établis depuis un an et un jour « de bonne vie et honneste conversation ».
L’inscription était obtenue des maîtres et tiers sur rapport du maïeur et six des arbalétriers et après prestation du serment d’usage. Le droit d’entrée était de « paier vin alle discrétion des dis maieurs et siex ». Ce.pot de vin était converti en espèces au profit de la compagnie ;celui qui refusait de s’exécuter devait payer deux nobles d’or d’Angleterre qui étaient attribués moitié au magistrat et moitié à la compagnie.

Chaque arbalétrier recevait, comme gage annuel, trois francs « de XL heames le piece » ; en outre il était exempté des tailles, impôts, du pontenaige (péage pour passage sur le pont) ; mais il était tenu de l’impôt dit de la fermeté, c’est-à-dire pour entretien des fortifications
Ainsi que des « wais et eskerwais » guet et garde de nuit.
Cependant peu de temps après octroi de ce règlement, les arbalétriers furent dispensés de monter en personne la garde ordinaire (26 août 1456).

Il y avait par année neuf tirs obligatoires ; ceux qui faisaient défaut étaient tenus d’une amende d’ « ung vies blafart pour chacune fois » que le rentier de la ville retenait sur le gage annuel.

En dehors de ces tirs extraordinaires les exercices habituels se faisaient tous les dimanches en commençant à la Chandeleur et en finissant à la Toussint. Ces exercices se faisaient en trois endroits différents : au fossé Saint-Menge ; dans le jardin joignant la tour HéraIle
allant amont vers Beaurepaire et enfindans le fossé près de la tour de Leffe. ,

Chaque compagnon devait être « armé et adoubé suffisamment d’armures et bastons » pour pouvoir se mettre à réquisition, au service de la ville ; celle-ci devait fournir les carreaux d’arbalète.
La compagnie devait accompagner les bourgeois à la guerre et ce en proportion du nombre de bourgeois mis en ligne, mais elle ne pouvait participer à aucune opération militaire sans autorisation des maîtres et conseil.
Enfin la compagnie devait, en tenue et armée, assister à la procession de Saint Perpête (dernière fête de Pentecôte) et à celle de la Fête-Dieu ; pour ces différentes prestations chaque arbalétrier devait recevoir 10 francs.
Le maïeur et les six de la compagnie étaient élus chaque année ; ceux-ci à :leur tour désignaient les officiers inférieurs (dixniers).
La compagnie ne se reconstitua que 45 ans après le sac de 1466 ; en 1501, elle fut, à l’occasion de sa reconstitution, confirmée dans ses anciennes prérogatives et la ville lui octroya un solde annuel de 50 florins ; en 1550, le roi et la compagnie exposaient au magistrat que le gage annuel de quinze florins, que recevait chaque compagnon, était insuffisant pour parer aux frais qui leur incombaient, notamment pour
payer le jardin qu’ils avaient acquis trois ans auparavant, payer la messe de Saint-Perpète, soit sept florins de Brabant, et les salaires des joueurs de fifres et tambourins qui précédaient la compagnie dans ses sorties, enfin, faire face aux frais des assemblées. Cette requête avait été motivée par le fait que, récemment, la ville avait augmenté le gage des arquebusiers, qui était plus élevé que celui des arbalétriers.

Nous ne savons quel sort fut réservé à cette sollicitation, mais, en août 1585,nous voyons les arbalétriers revenir à la charge et obtenir du conseil un gage annuel de soixante florins, moyennant l’abandon de toutes prétentions sur la perception des droits de chaussage aux portes de la Vaulx-Saint-Jacques et de saint-André, leur concède le 28 mars 1501 ; lors de la reconstitution de la compagnie.

En 1590, une sieulte de la généralité décidait d’en revenir à l’ancien état de choses ; ce fut l’occasion d’un différend entre la compagnie et la ville, différend que le prince-évêque évoqua devant son conseil privé et qui ne se termina que par une décision du conseil de ville du ler août 1599, qui déclarait céder aux ordres formels du prince-évêque. Le conseil et la généralité assemblés consentaient à payer aux arbalétriers un gage annuel de soixante florins Brabant qui comprendrait les quinze florins dus « pour la messe Monsieur Perpête, que se debverat célébrer et continuer selon qu’il est accoustumé tous les mardis de chacune sapmaine de l’an, en l’église Nostre-Dame ».

Cette délibération nous apprend encore, que les arbalétriers ont toujours, de toute ancienneté, porté honneur et révérence aux bourgmaistres, jurés et conseils » ; qu’ils ont toujours eu, à l’exclusion de tous autres le droit de porter la châsse de saint Perpête deux
ou trois fois l’an ; qu’à la semonce des bourgmestres, ils devaient être les premiers en armes aux muraiIles pour la
défense de la ville, et pouvoir se retirer quand la défense était assurée par les autres bourgeois.en nombre suffisant ; qu’ils oonsentaient à faire le service des reconnaissances en campagne ou pour -empêcher les approches de la ville, mais seulement sous la conduite des bourgmestres ; que le prince-évêque étant au château ou en ville, la garde du prince leur revenait ; que lorsque un de leurs confrères était condamné par leurs maire et six pour dettes ou malfaçons relatives à la confrérie, le conseil était tenu de mettre ce cenfrère au ban, moyennant le droit d’un liard ; qu’enfin ils n’admettraient jamais en leur confrérie qui que ce soit, sans préa1able présentation aux bourgmestres.
De tout quoi, on peut conclure que cette querelle, qui avait duré dix ans, était avant tout une querelle de privilèges.

En 1625, le prince-évêque invitait les arbalétriers à céder leur jardin de tir pour y construire l’église des Jésuites ; ceux-ci, de leur côté, cédaient aux arbalétriers un jardin,• dit cortilDanie1, qu’ils venaient d’acquérir pour servir d’échange ; le10 août 1628, les arbalétriers demandèrent à la ville, en remplacement du jardin cédé aux Jésuites, un emplacement vague, sis du « costé de Saint-Menge, , en tirant droit au loing d’icelles murailles, vers, le lieudit Le Saulnier. Ils n’avaient donc pas accepté le Cortil Daniel ; le curé, les mambours et les paroissiens de Saint Menge protestèrent contre ce projet en invoquant que la présence du jardin serait préjudiciable au quartier, car plusieurs fois les murailles de la ville et celles du templeavaient été rompues par la violence des eaux dévalant de la montagne.Nous ne connaissons pais la décision qui intervint.

En 1617, lors d’une revue, qui eut lieu dans la ville, le corps des arbalétriers comprenait trente-trois hommes, parmi lesquels un capitaine ; deux empereurs,
un roi, deux mambours et un sergent.
Plus tard, on constate des intrigues pour se faire admettre dans la compagnie et, en 1668, le prince-êvêque approuve le règlement que s’était donné la corn•
pagnie, le 23 mai de cette année.
Désormais, la compagnie ne comprendra plus au maximum que quarante hommes, « bourgeois, originaires de Dinant, capables de serment et de porter les armes Chaque arbalétrier devait posséder au moins une arbalète ; les candidats à la compagnie devaient être présentés par les mambours aux bourgmestres et renvoyés par ceux-ci devant l’assemblée générale de la compagnie, qui votait l’ admission au scrutin secret.

Le droit d’entrée était fixé à dix pattars, dont un quart devait servir à l’embellissement de la châsse de Monseignenr saint Perpête, les trois autres
quarts allaient à la compagnie. Les démissionnaires devaient .payer un droit de quatre florins.
Pour promouvoir le zèle des compagnons, il fut décidé que celui qui tirerait l’oiseau, à la fête de la Pentecôte, recevrait deux gobelets d’argent ou de
la vaisselle valant quarante florins et quatre pots de vin. En outre, chaque fois que la compagnîe s’assemblait pour se .récréer, le vainqueur était dispensé
de son écôt et avait droit à un invité pendant toute l’année. On priait les bourgmestres d’accorder aussi au roi de l’année, l’exemption de la garde.
Celui qui avait abattu l’oiseau trois fois prenait le titre d’empereur, il recevait un collier et jouissait à perpétuité de l’exemption de tous impôts et charges
de la ville.
La compagnie prit la réso1ution de lui payer, en deux ans, 20 pattacons de quatre florins, soit 80 florins, au lieu de collier ; il recevait les deux gobelets d’argent comme de coutume et bénéficiait, de l’exemption des écôts à perpétuité. La compagnie priait les bourgmestres de continuer l’exemption d’impôts.
La compagnie décidait aussi que les personnages consulaires qu’elle invitait aux deux fêtes de la Pentecôte et qui, s’abstiendraient de paraître au dîner, sans excuse légitime paieraient leur écôt comme s’ils avaient été présents, comme cela se pratiquait aupararavant.
Les confrères étaient tenus de suivre leur drapeau pour se rendre à 1a messe de la confrérie, aux processions où on portait la châsse de saint Perpête, et aux enterrements des membres de la compagnie, sur amende de dix patars ; ils devaient répondre à toutes les convocations
des valets du métier, à .peine d’une amende de cinq patars et, enfin, devaient, chaque année, tirer leur coup de serment, à peine d’un florin d’amende.

Les amendes étaient fixées par le maire et six, qui en faisaient rapport au conseil. Les confrères, qui s’étaient battus ou querellés, ne pouvaient plus fréquenter la oompagnie avant de s’être réconcilés. L’entrée de la chambre des arbalétriers était interdite aux étrangers et il était interdit de tenir taverne en la dite chambre, directement ou indirectement, pour éviter qu’un monde trop mélangé la fréquentât.

On sent bien le désir de l’honorable compagnie de se donner du lustre et de l’importance.

Ce sentiment dut croître avec la décadence de la ville, car, en 1762, un siècle plus tard, le prince-évêque est obligé de rappeler les arbalétriers et les arquebusiers au respect de l’ autorité et il décide d’accorder la préséance aux arbalétriers, quand ceux-ci sortiront en même temps que les arquebusier,les premiers étant les plus anciens.
Les bourgmestres étaient invités à faire servir les compagnies à tour de rôle et les arbalétriers étaient priés d’obéir exactement aux ordres des !bourgmestres, pour le service et honneur de la ville.
L’utilité réelle de cette compagnie étant venue à disparaître elle n’était sans doute maintenue que pour la vanité ou le profit de quelques-uns.

Les couleuvriniers

Les couleuvriniers, ou confrères de Monsieur Saint-Jean-Baptiste, étaient les artilleurs de l’époque et s’occupaient des engins à feu ; la première fois que les Dinantais se servirent de couleuvrines paraît être le siège de Poilvaohe ; ils transportèrent, sur les hauteurs de Hugomont, leur grosse bombarde, pour laquelle Jean de Cologne dût faire un affût spécial.
A partir de cette époque, les bouches à feu sont assez souvent citées dans le matériel de défense dont dispose la ville ; quant aux bombardiers de qualité, ils devaient être relativement rares, car, sous la maîtrise de Loren à Brebis (1429-1430), la ville engage un certain Robert le Mône, à qui on payera cent corons pour ses services, de la Saint Gilles à la Saint-Luc, plus trois livres de gros pour son logement à l’hôtel avec ses gens.

En 1466, la ville, pour se défendre contre le duc de Bourgogne, engagea le bombardier en titre du duc de Bavière, au gage annuel de 400 florins d’or. On .sait que Pierre de Lievestyenne paya de sa vie le concours qu’il apporta aux Dinantais assiégés.

Erard de la Marck, se trouvant au château de Dinant,accorda, le 8 mai 1515, aux couleuvriniers, sur requête de leurs gouverneur et mambours, la franchise du courtil où ils s’exerçaient, ce qui exonérait les compagnons de toute responsabilité criminelle ou civile en cet
endroit. En mai 1549, le conseil de ville déclara également exonérer, pour ce qui pouvait lui appartenir, les couleuvriniers de toute responsaibilité civile en cas d’accident.
Au mois de juin, une délégation de la confraternité de Mgr Saint-Jean-Baptiste, composée du roi Wathinon de Saint-Huibert, du dizenier, Hubert de Fronville, des mambours Jehan de SomalIe et Collart de Maisinet, et du porte-enseigne Jacques de Saint-Huhert:remettait au conseil le règlement de la compagnie et la liste de ses privilèges, et le consell, pour leur donner force légale, fait apposer au bas du dooument le sceau aux causes de la ville.

La fête de la oompagnie se célébrait à la Saint-Jean-Baptiste ; après la messe,on tirait l’oiseau (le papegay)et le roi pouvait à son choix désigner le confrère qui aurait l’honneur de porter la bannière ; Ie banneret, pour cet honneur, devait payer à la compagnie un stier de vin de la valeur de six aidans.

Le roi avait aussi le choix du dizenier ; celui-ci devait payer à la compagnie un « musteau de boeuf ». Le dizenier était tenu d’organiser trois tirs ; le premier, quinze jours après la Saint-Jean ; le deuxième, à la Chandeleur ; le troisième, à la première fête de Pentecôte.
En cas de manquement, le dizenier devait payer un stier de vin de six aidans chaque fois. Les confrères devaient se présenter avec leurs bâtons à feu et leur poudre à canon, sous peine d’un aidan.
A la Saint-Jean, on renouvelait aussi les deux mambours ; ceux-ci, pour leur élection, devaient chacun six aidans ou des poissons pour la vaIeur.
Le roi était tenu des frais du banquet ou de payer douze aidans, moyennant quoi il était quitte de toutes amendes ; il devait cependant obéir aux convocations du serviteur du métier et des mambours.
Le droit d’entrée dans la confrérie était de six aidans, plus un demi-aidan pour le serviteur. Le confrère était tenu de prêter serment de se soumettre aux ordonnances de la compagnie en mains du roi et des mambours. Préalablement, les candidats devaient être agréés par les maîtres et conseil, puis présentés à la confrérie.
La police des réunions était faite par le roi, les mambours et le dizenier.
Pour pouvoir être admis, il fallait habiter la ville et franchise ; si on voulait habiter hors franchise, on devait payer douze aidans. Les confrères ne pouvaient, entre eux, organiser des concours pour plus d’un pot de vin ; ils étaient tenus d’assister à la messe solennelle le jour de la Saint-Jean, sous peine d’une amende d’un demi-aidan. A chaque décès d’un confrère, les mambours devaient faire dire une messe et fabriquer une chandelle, d’un aidan. Le roi, à la fin de l’année, devait remettre aux mambours le papegay (oiseau en argenterie, insigne de la royauté). Les confrères, qui seraient trouvés en rebellion pour non paiement des droits d"entrée, cotisations quelconques et amendes, devaient comparaître devant la confrérie, qui pouvait les condamner au paiement et les signaler aux maîtres et conseil,pour être bannis, comme cela se faisait chez les arbalétriers.
Les confrères, qui venaient à prendre femme, devaient à la compagnie « une dreschie », (un repas), plus un demi ster de vin. Chacun des. membres de la confrérie devait, à cette occasion, rendre les honneurs au marié, à peine d’un demi-aidan pour les défaillants.

Il y avait obligation, pour tous les couleuvriniers, de se trouver aux processions de la Fête-Dieu et de l’Assomption, au surguet et « au porter honneur aux arbalestriers » ; en cas de défaut, l’amende était de quatre patars.
En 1544, puis en 1549, ce règlement fut amplifié comme suit : le roi devait, le jour de son installation, payer un philippus d’or, :pour le banquet offert aux compagnons ; le banneret désigné par le roi payait, pour ce même banquet, douze patars de Brabant. Chaque
manquement aux convocations de la confrérie était sanctionné par une amende d’e quatre patars. Les amendes étaient perçues par le dizenier.
Les candidatures pour admission dans la. confrérie devaient être soumises à l’agréation du conseil avant le serment qui était toujours obligatoire. Les trois mambours, à la Saint-Jean, devaient désigner trois nouveaux mambours et le roi devait leur remettre le collier d’argent, insigne de son pouvoir. Les mamboiurs et le dizenier étaient exonérés de l’écôt dû pour le banquet annuel
Après commandement infructueux, fait .par le serviteur de la oonfrérie à la requête des mambour de payer les amendes, les mam:bours. pouvaient requérir le bannissement par le conseil.,
.Aux exercices, l’enjeu ne pouvait être supérieur à un demi patar pour chaque coup ou un pot de vin. L’emploi de canon en fer était interdit. Les exclus de la confrérie, de même que les démissionnaires, devaient payer un droit « d’issue » de un carolus d’or.
Comme on voit, le taux des droits et amendes avait été sensiblement augmenté, ce qui •dénote qu’un certain laisser-aller avait affaiibli la confrérie.
Cette année, Jehan de Somalle faisant savoir qu’il était le premier empereur de la compagnie des couleuvriniers de cette vine depuis « la ruyne et dévastation d’icelle » demanda l’exemption de tout impôt sur la bière et dispense de la.garde.
A cette époque, le subside de la ville était de 50 florins ; La dernière trace qu’on trouve de l’existence de cette confrérie ,est fournie par le compte des dépenses de la ville, à l’oooasion de la joyeuse entrée de Gérard de Groesbeeck ; elle reçut un subside pour l’aohat d’une
bannière (19 août 1565).
Il est vraisemblable qu’elle disparut bientôt pour faire p1aoe aux arquebusiers, dont l’arme n’était, après tout, qu’une couleuvrine à queue en bois.

Les arquebusiers

La dernière née des compagnies militaires de Dinant et qui remplaça les couleuvriniers, dont l’arme était devenue désuète. Elle apparaît le 2 octobre 1568 ; ce jour-là, vingt-cinq « hacquebutiers »dont nous avons conservé les noms, comparurent devant le magistrat de la ville pour prêter serment Il s’agit, à n’en pas douter, des vingt-cinq fondateurs.

Leur gage annuel était, au début, de 50 florins ;mais, en 1585, .la compagnie exposait au conseil que le nombre des compagnons était de plus de cinquante et que les charges que la ville, leur imposait étaient telles, et, aussi, les « . vivres ; pouldre et munitions encheiries plus que à double », elle sollicitait un gage de 100 florins ; le conseil lui en accorda 90. La ville revint sur cette décision, le 5 août 1590 ce qui amena la dissolution de la confrérie.Les arquebusiers étaient dissous et la ville était en procès avec les arbalétriers ;:en fait, il n’y avait plus decompagnies militaires. Cela, ne pouvait durer, et, au mois d’août 1599 ; la ville vint à résipiscence, elle donna satisfaction aux arbalétriers et, à la demande des anciens membres d•e la confrérie des « harquebeuziers », rétablit, celle-ci, .au gage annuel de 90 florins.

Au mois de juillet, les roi et mamibours de la compagnie, présentèrent au magistrat un règlement, qui concernait surtout l’organisation des séances de tir.
Ce règlement, rappelant celui donné en 1515, par Erard die la Marck, aux couleuvriniers, il en résulte que les arquebusiers se considéraient comme les continuateurs de ces derniers.
" Une prescription de ce règlement mérite d’être citée : « Si quelqu’un se présume,pendant la trairie (tir), de jurer le nom de Dieu ou d’esmouvoir querelle ou dire propos infâmes ou deshonnestes audict jardin, paierat demy réal d’amende pour ohascune fois ou sera
son chappeaux mis à la broche du rond, tant qu’on aurat tiré chascun un coup après le dit chappeaux .
Vers 1626, la compagnie se donnra de nouveaux statuts, fixant surtout le tarif des droits et amendes dus à la confrérie, ainsi que les obligations des confrèries C’est, à peu de chose près, la répétition de ce que nous savons des couleuvriniers.Aux trois tirs de la Saint-Jean,
de la Chandeleur et de la première fête de Pentecôte, le tireur qui avait abattu l’oiseau était détenteur de l’affiche ; c’est-à-dire de l’insigne en argent qui était le symbole de la confrérie. Pour pouvoir participer au tir, il fallait avoir son arquebuse à soi personnellement. Les arquebusiers étaient tenus de prendre les armes à la Saint-Martin, à la semonce des maîtres et conseil.
Le roi, désormais, pouvait garder l’oiseau en argent et en faire faire un nouveau aux .frais de la confrérie.
Par le nouveau règlement qu’il donnait à la ville, au mois de mars 1688, le prince-évêque Maximilien-Henri supprimait les arquebusiers ; ceux-ci se réunirent le 5 avril, en la maison de leur roi Nicolas Marcq, et protestèrent contre cette suppression et la main-mise faite sur leur maison, construite en 1604 et leur jardin, près du pont Saint Nicolas, contre le mur d’enceinte de la ville.
Ils députèrent le greffier Jean-François Kalff, pour aller porter leur protestation au prince-évêque et pour nègocier avec lui.
Il n’est pas trace que cette protestation ait eut quelqu’ effet, car la ville fit transformer la maison en caserne, pour satisfaire les Français et, en 1698, au départ de ceux-ci, la démolition et les matériaux à en provenir furent adjugés pour prix de 2.250 livres,.à Nicolas de Rosier dit la Violette. Les arquebusiers, prenant prétexte de ce que le prince avait suspendu l’application de son règlement de 1688, pour les élections du magistrat, sollicitèrent l’autorisation de reprendre leurs biens.
Ils y furènt autorisés « sans conséquence », les matériaux vendus devant rester à l’adjudicataire. La maison avait donc été démolie.
Au cours de l’année1762, les difficultés s’élevèrent, tant entre les compagnies militaires et la ville qu’entre les arquebusiers et les arbalétriers eux mêmes, le prince-évêque dut intervenir et, au mois de septembre, il accorda la préséance aux arbalétriers, quand les deux compagnies sortiraient ensemble ; il prescrivit un roulement pour le service de garnison, etc.
Il spécifiait, pour les arquebusiers, que ceux-ci étaient tenus de par leur serment d’appréhender les délinquants, de maintenir le bon ordre et la sécurité publique, enfin, de soutenir l’officier lorsque ce dernier faisait exécuter des criminels.

De tout quoi, il apparaît que les arquebusiers jouaient le rôle de notre police actuelle ; lors de la foire franche de la Saint-Martin ; ils recevaient pour cela, une gratification de 16 florins. Ils devaient monter la garde à la tour Saint-Jacques, qui servait de prison, et faire
l’e service d’ordre lors des exécutions criminelles. Enfin, ils devaient faire la parade sur les trois places de la ville, lors de la procession du Saint-Sacrement.
Cette confrérie avait complètement disparu, lorsque survint la révolution française.

Extrait de Histoire de la Ville de Dinant par Edouard Gérard Namur 1936

Michel M.E. HUBERT