Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LE SCULPTEUR ALEX DAOUST (1886-1947).

17 septembre 2007 - Georges Degaudinne, Nicole Houbion

Etude critique de Jean SERVAIS publiée aux « Editions de la Vie Wallonne » - 1947.

Alex DAOUST est né à Bioul, le 05 juin 1886.

Il fait toutes ses humanités au Collège de Belle-Vue à Dinant.

Ses études terminées, il entre, comme professeur de mathématique, à l’Abbaye de Maredsous. Heureux hasard, il y rencontre le Père-abbé Don Pascal qui enseigne le modelage. Dès lors, le jeune professeur redevient élève : il sera sculpteur. Ses progrès sont rapides.

Il réussit l’examen qui lui permet d’enseigner le dessin.

En 1920, il entre à l’Athénée de Dinant où il professera 26 ans, en même temps qu’à l’école industrielle où il rénovera l’art de la dinanderie.

On commence à le connaître en 1927, son monument « L’Assaut », érigé au cimetière français de Dinant, consacre sa maîtrise.

Ses œuvres se suivront, affirmant une évolution consciente, un progrès constant.

En 1946, l’heure de la retraîte sonne.

Le soir du 7 janvier 1947, descendant d’un train, en gare de Champion, Alex DAOUST est tué net par le wagon trop tôt reparti.

L’artiste et l’œuvre.

On peut suivre l’évolution artistique de Alex DAOUST en s’appuyant sur des œuvres qui en sont les jalons.

Au début, il suit docilement l’enseignement de Maredsous : il modèle des personnages un peu conventionnels, académiques. « Les Martyrs de la Tyburn » sont de l’honnête « Saint-Luc 1910 ».

L’amour de la Wallonie, l’affection pour les fils de son terroir vont le ramener à la réalité concrète. C’est de là que son art va repartir.

« Le Paysan Riant » (« Le Vieux Terrasse ») est l’image fidèle d’une figure populaire : le vieux Terrasse, paysan madré, jovial, mais finaud, conteur de bourdes et friand de petites - ou de grandes - gouttes. On y sente encore un manque d’unité. L’artiste semblé hésiter entre les moyens de la ronde-bosse et ceux du bas-relief, sinon du dessin.

Alex DAOUST corrige rapidement ses erreurs. La spontanéité va se tempérer en lui par ce besoin de clarté, de logique, d’ordonnance. Il cherche l’équilibre entre le concret et l’abstrait, le particulier et le général.

A moins de dix ans d’intervalle, quel progrès stupéfiant marque, en 1927, « L’Assaut ». Une des gageures de la stature est, depuis toujours, l’expression du mouvement. Pour animer cette immobilité, il faut l’émouvoir : c’est de l’intérieur que doit naître l’élan, par un concours concerté des lignes, des volumes et du rythme qui rend la suggestion si impérative qu’elle s’impose comme une réalité transcendante. Ce n’est plus un soldat, c’est le soldat de France, c’est la France elle-même que l’artiste va éterniser dans le bronze, la France de la Marne et de Verdun, tendue dans un assaut furieux, lancée dans une charge follement sublime contre un ennemi qu’elle brave à découvert.

Là, n’est pas cependant le terme de son évolution. Alex DAOUST sent le besoin de ormes, il veut trouver son esthétique.A cette époque, une révélation sera, pour lui, décisive : sa rencontre avec ceux qu’il appellera « nos Saints pères les cubistes ».

Comme PATINIR (PATINIER), l’un des inventeurs du « paysage composé », DAOUST saura concilier les exigences de la raison esthétique avec l’expression de l’émotion.

Le « Don Quichotte » (1928) en est un magnifique exemple. On peut dire qu’en pétrissant la glaise, c’est une part de lui-même qu’il expérimentait : il en émane une sympathie affectueuse qui rayonne de la maigre figure et lui enlève tout ridicule et toute intention caricaturale. Comme CERVANTES, le sculpteur ne séparera point les immortels compagnons : Sancho paraît jovial, sans la moindre méchanceté dans son image.

L’œuvre constitue un tout indivisible, grâce à la cohésion des volumes, à l’équilibre des rythmes et à l’unité de la technique utilisée. Don Quichotte n’est plus le pourfendeur de moulins qui nous est proposé, c’est l’apôtre de foi, le preux d’un idéal. Sancho est l’antithèse du maître.Ramassé sur lui-même, le valet adhère à la terre de toute sa masse compacte et dense.

En conférant à son œuvre un équilibre conscient et harmonieux entre la pensée et son expression, il atteint cette perfection si rare : le Style.

C’est le Style qui triomphera encore dans le bas-relief : « Pan et Eros » . L’artiste concilie une fermeté extrême dans l’architecture avec une harmonieuse fantaisie. Eros, minuscule - il tient dans la main du faune - est cependant le personnage capital. Ce maître du monde est, par excellence, le tyran du pourchasseur de nymphe : il lui chuchotte, au creux de l’oreille, les chants magiques qui enchanteront faunesses et dryades.

Quittant le décoratif, avec une de ses dernières créations, « La Mort de l’Esclave » (1946), Alex DAOUST nous livre le meilleur de son cœur sensible et de sa totale maîtrise. Cet impressionnant bas-relief glorifie les martyrs des camps d’extermination. L’œuvre est profondément tragique, bouleversante, mais le sentiment qui en naît, tout d’abord, c’est la pitié. Après, croît un sentiment d’angoisse, un dégoût des bourreaux qui s’exaspère jusqu’à la haine, mais qui se purifie en un ardent désir de justice, un besoin d’absolue équité.

Le « Noël de wallonie » (1946) est la dernière œuvre à laquelle travailla DAOUST. Il y avait mis toute son âme d’artiste et tout son cœur de pur wallon.

Il ne peut - hélas ! - terminer ce bas-relief ...