Génédinant
Groupe d'échange et d'entraide pour la généalogie dans la région dinantaise

LES COUSOT A DINANT

25 mars 2011 - Michel HUBERT

Nous étudierons ici une biographie de 3 personnages qui ont marqué, chacun à leur manière la vie dinantaise du XIX et XX èmes siècles et appartenant à une famille qui n’a séjourné à Dinant que pendant l’espace de quatre générations.

Théodule COUSOT ( 1822- 1888)

Famille dont le berceau est Morialmé, les COUSOT seront fixés à Dinant durant quatre générations

Théodule naît à Namur le 3 mai 1822 de Louis COUSOT et Marie Anne ROUBAUD

Il fait ses humanités au séminaire de Floreffe. Après 1830 sa famille habite Floreffe où son oncle Pierre François Roubaud est curé de la paroisse et•en 1831 nommé supérieur du petit séminaire de Floreffe.
Il fait ensuite des brillantes études de médecine à Louvain terminées avec la plus grande distinction.

Il collabore pendant trois ans en tant que prosecteur d’anatomie aux travaux du professeur Théodore SCHWANN, le célèbre neurophysiologiste inventeur de l’histologie, et à cette époque professeur d’anatomie à l’U.C.L.

D’abord domicilié à Godinne avec sa mère Marie Anne Roubaud, il épouse à Dinant le 5 octobre 1848 Eugénie DESTREE, née à Fosses le 28.11.1819, fille de Pierre et de Rosalie Fréson .
Les témoins du mariage sont : Hyacinthe Destrée, frère de la mariée, notaire à Dinant, Joseph
Bande, commis négociant de Bruxelles, Victor Roubaud, pharmacien à Philippeville et Léonard Winand, médecin à Dinant.

Après le décès d’Eugénie Destrée à Dinant le 6.11.1859, Théodule épouse en secondes noces Félicie BEDORET ,fil1e de Jean et d’Ambroisine Pasture, sans postérité.

Il s’installe comme médecin à Dinant où en même temps que ses multiples devoirs professionnels, il collabore à diverses revues médicales comme la Gazette des Hôpitaux, le Journal d’Hygiène, et d’autres.

En 1872 son mémoire sur la fièvre typhoïde lui vaut la médaille de l’Académie de médecine. Il devient membre titulaire de cette institution à partir de 1866, puis est nommé vice-président pour les années1883 et 1884.

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Institut Hydrothérapique

En 1874, le Dr Théodule Cousot fonde les "Thermes dinantais " ou "Institut Hydrothérapique de Dinant" qui reçoit une installation complète, mise en rapport avec les derniers perfectionnements de la science.

Les prospectus du temps se plaisent à louer sa remarquable situation, le confort de sesinstallations, la distribution d’eau comportant, outre le réservoir creusé dans le roc de manière à conserver une température constante de +9°, un bassin spacieux dont le contenu se déversait en cascades sautillantes dans un ravin plein d’ombre et de fraîcheur, sans oublier le joli parc de sept hectares, aménagé par l’architecte Wesmael.L’architecte des bâtiments était Charles Wendeler.

L’Institut a cessé de fonctionner en 1914.
(extrait de la page 20 du catalogue de l’exposition "Aspects de la vie dinantaise au XlXe siècle" à l’occasion du millénaire de la principauté de Liège et du 150e anniversaire de l’indépendance nationale, Dinant mars 1980)

Théodule COUSOT est décédé à Dinant le 27 mai 1888

Dans l’hommage que lui rend l’Académie de Médecine lors de son décès, le Dr Gallez cite dans son discours : « dans ses rapports avec ses collègues, Cousot se montrait toujours bon, serviable, juste, sans sévérité mais aussi sans faiblesse ; il laisse dans nos souvenirs l’image d’une nature éminemment sympathique, loyale et empreinte d’une affectueuse bonhomie.

Il aura vécu en chrétien courageux : dans sa foi sans compromis, dans sa piété fervente, il a puisé la résignation dont il a eu besoin pour supporter l’effroyable épreuve qui, après un martyre de neuf semaines (le corps paralysé), devait conduire au tombeau cet homme d’intelligence et de cœur ».

Théodule et d’Eugénie Destrée ont eu 6 enfants : Eugène, Marie, Auguste, Frédéric, Georges et Paul par lesquels il faut relever encore deux autres personnalités dinantaises

Frédéric COUSOT (°Dinant 26.2.1856 + Dinant 31.5.1932)
Fut un homme de lettres, dont on a relevé quelques oeuvres :

- Contes et fantaisies 1883, Namur Godenne.
- Chemin des bois 1886.
- Lettres du fond des bois 1887, Lemerre.
- La tour aux rats 1887 ; Bruxelles Vve Monnon.
- Le bréviaire des bois et des champs 1897, Lemerre.
- Hors des routes 1900.
- Les poètes de la nature, du 16e siècle à nos jours choix, études, notes, Paris 1911.

Dans son dictionnaire des écrivains belges Eugène De Seyn le définit comme un conteur modeste, intime et intéressant, au talent doux et familial, avec la surprise d’une note humoristique et narquoise.

Frédéric Cousot est l’auteur des paroles du chant des"Batteurs de cuivre, chant des Dinantais", dont voici le refrain :

"Ils étaient tous de rudes compagnons

"ces fiers lurons, batteurs de cuivre

"ces grands aînés nous n’avons qu’à les suivre.

"Imitons leurs vertus, nous qui portons leurs noms

Georges COUSOT (°Dinant 22.5.1857 +Dinant 22.10.1927)

Il est difficile en quelques lignes d’évoquer sa biographie tant son activité fut abondante dans tous les domaines, une carrière parallèle à celle de son père mais où tout est amplifié.

A l’instar de son père, il opte pour une carrière médicale.
Il obtient son diplôme de docteur en médecine avec la plus grande distinction à Louvain en 1881.

En 1887 il publie traduit de l’allemand " Psychiatrie clinique des maladies du cerveau antérieur, basée sur sa structure, ses fonctions et sa nutrition du Dr Théodore Meynert, directeur de la clinique psychiatrique de Vienne".

En 1888 l’Académie de Médecine de France lui décerne le prix du concours St Paul pour son travail intitulé "Etude sur la diphtérie".
Ce travail est traduit en espagnol : « Estudio de la diffteria » par D.Joaquim Maso. B. Imp. Sebastia Vilà 1889 40 116 p.

Il est l’auteur de nombreuses communications sur la neuro-pathologie.
Il dirige l’Institut Hydrothérapique où il succède à son père, y appliquant l’électrothérapie, les massages et la gymnastique.

Membre titulaire de l’Académie de Médecine en 1908, il en est nommé vice-président en 1924-1925, puis président.
Création de l’Institut d’Hygiène et de Bactériologie de la province de Namur dont il fut l’ardent promoteur.

Empruntons au Dr A. Haibe, directeur de cet institut et inspecteur provincial d’hygiène qui fit son éloge funèbre ces quelques paragraphes :

« Tout, dans son être physique, trahissait la santé et l’équilibre. Il me semble que je le vois encore, large d’épaules, le front découvert, solidement campé sur des jambes fines et robustes. Quelle décision et quelle confiance en soi rayonnaient dans son regard clair et profond d’où filtrait parfois cependant un reflet d’ironie . Mais de quelle douceur ce regard adoucissait ce qu’on pouvait trouver d’un peu dur dans ses traits, d’un peu âpre dans les plis de cette bouche où vibraient tour à tour des paroles lourdes de sens ou pleines d’encouragement, de tendresse aussi pour les malheureux sur la couche desquels il se penchait et qu’il tâchait, avec quelle tension de tout son être, d’arracher à la mort.
Le Docteur Georges Cousot fut une personnalité médicale et morale qui mérite d’être proposée en exemple. Pendant toute sa vie, il n’eut qu’une seule pensée, qu’un idéal : servir la Science et l’Humanité. Il les servit l’une et l’autre avec un désintéressement admirable ».

Outre sa carrière médicale, il eut une importante carrière politique

Administrateur de l’ Habitation de l’ouvrier , société de crédit pour la construction et l’achat de maisons ouvrières (1901)

Membre du Parti catholique , il est conseiller communal de Dinant de 1890 à 1912, échevin en 1899. Les journaux de l’époque relatent ses heurts fréquents et ses démêlés avec l’opposition libérale en pleine fièvre anticléricale .

Membre de la Commission médicale provinciale .

Conseiller provincial .

Député en 1901.

Représentant de l’arrondissement Dinant-Philippeville 1900-1910

Sénateur provincial Namur 1914-1919

Représentant arrondissement Dinant-Philippeville 1919-1925

Sénateur provincial Namur 1925-1927

Orateur de grand talent, il est le représentant de la démocratie chrétienne alors à ses débuts en Belgique.

Il intervient sur diverses importantes questions à propos desquelles il essuya maintes controverses tant libérales que socialistes
- le repos dominical (1901 à Charleroi),
- la critique sur le suffrage universel : quoique défenseur du sort des femmes, il était adversaire de leur accès à ce type de suffrage . (cf discours du 21 février 1902 à la Chambre)
- la réparation des accidents du travail (1905),
- la limitation des heures de travail dans les mines et leur rapport avec la santé de l’ouvrier (cf séance à la Chambre du 17 février 1909).
- la loi militaire instituant le service militaire obligatoire à la mort de Léopold II (1909)
- l’annexion de l’Etat Indépendant du Congo, devenant colonie belge
- la reconstruction de la Ville de Dinant dès 1919
Il fut le rapporteur de la loi organique de l’Assistance Publique (1923).

Melle Marie-Claire de Vinck, professeur au collège de Bellevue, a consacré son mémoire de licence en histoire (Louvain la neuve 1981) à "Georges Cousot et les débuts difficiles de la démocratie chrétienne à Dinant". Elle y restitue, la personnalité de Georges Cousot, symbole de la promotion de la classe ouvrière de l’arrondissement.

Quelques faits repris aux colonnes des journaux :
Fête mutualiste à Dinant. Visite de S.A.R. le prince Albert, dimanche 29 septembre 1901, bénédiction du drapeau - arrivée du prince à la gare - la cantate - réception de son altesse par les mutualistes. Mr Georges Cousot, député, ouvre la 3e assemblée générale de la Fédération mutualiste en une allocution magnifique.

L’administration communale de Dinant après son décès donna le nom de rue Georges Cousot à la rue moulin des batteurs où est située la maison qu’il acquit dès le début de sa carrière de médecin.

L’Université Populaire qu’il créa, porte maintenant le nom d’ « Institut Technique Georges Cousot ».

Empruntons encore à son ami le Dr Haibe le dernier paragraphe de son éloge :
« Comme Verhaeren sur les bords de l’Escaut, Cousot avec son père et ses grands Maftres Lefebvre et Hubert, va dormir sur les rives de notre beau fleuve wallon, sa chère Meuse, où nous viendrons, parfois, lui exprimer notre fidèle pensée.

Après avoir résumé sa carrière scientifique, sa carrière politique, il reste à reprendre la chronologie familiale.

Il épouse à Namur le 30.avril 1883 Berthe DUPRET
(° Seneffe 25.11.1857), fille du notaire Jules Dupret et d’Ermeline Bertrand. Les Dupret sont originaires de Charleroi.

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Le mariage religieux se déroula à l’église St Joseph de Namur béni par Mgr Pierre Augustin COUSOT (1820-1893), Vicaire Général de l’Evêché de Namur., ancien professeur au Collège de Bellevue de Dinant (de 1842 à 1859)
Les témoins du mariage étaient : Ferdinand Lefebvre, professeur à l’Université de Louvain,
oncle de l’époux, Léon Henry, avocat, de Bruxelles, Jules Wodon, ingénieur à Namur, beau-frère de l’épouse, Ernest Dupret ,ingénieur,cousin de l’épouse, Gand

Petite anecdote sur son épouse : décoration croix civique de 1ère classe à Berthe Dupret.
Extrait d’un journal de l’époque :
nouvelle proclamation d’une décorée : Dupret Berthe, Catherine, Ghislaine, épouse Cousot à Dinant. Le 13 août 1883, plusieurs dames se promenaient à Walzin au bord de la Lesse, lorsque l’une d’elles en s’approchant trop près de la berge, tomba dans la rivière à proximité du bief du moulin de Walzin. Déjà la victime de cet accident avait disparu pour la seconde fois et le courant allait inévitablement l’entraîner dans le gouffre que surplombent les rochers de Walzin.

Nonobstant le danger, dont elle connaissait toute l’étendue, Mme Cousot, sachant à peine nager, se précipita néanmoins tout habillée dans l’eau, et, après des efforts héroïques, elle parvint à saisir la noyée et à la sauver d’une mort certaine. Cette fois on voit se lever au premier rang une jeune dame, élégante et jolie ; elle va prendre sa croix avec beaucoup de grâce. Mr Jacobs lui adresse de chaleureuses félicitations.

Le couple Georges COUSOT -Berthe DUPRET a eu 4 enfants : Georges, Marie Louise Albert et Franz

Georges COUSOT est décédé le 22 10 1927 à Dinant.

Sources :

Chronique des Cousot de Morialmé Jean Cousot 1983

Echos de la vie au « Vieux « Dinant recueillis dans la presse dinantaise de 1882 à 1927 par Marcel Herman

Illustrations : coll. M Hubert

Pour les personnes intéressées la genéalogie Cousot de Dinant figure depuis peu sur mon site
http://gw4.geneanet.org/index.php3?b=michubert&lang=fr&m=NG&t=N&pz=maxine%2Bmarie%2Bfrancoise%2Bcicercule&nz=coton&ocz=0&n=cousot&x=13&y=12

Michel M.E. HUBERT